Ground zero (MDP 2019)

5 ans après mon premier marathon de Paris et 4 ans après mon dernier marathon (NYC), je revenais dimanche dernier sur la distance mythique, après mon abandon de l’année dernière.
Pour l’entrainement, je me suis fiée au plan proposé par l’application Fréquence Running, que j’ai démarré juste avant noël. La décision de partir sur une préparation aussi longue venait du fait d’avoir travaillé que le trail en 2018 : aucune course sur route pour me « jauger ».
L’avantage de cette appli est la méthode d’entrainement structurée mais très variée que j’ai adoré suivre : de l’endurance 1 à 2 fois par semaine et 2 séances de fractionné, long et court. Sur toute la préparation, rarement j’ai fait la même séance deux fois.
Le vrai point négatif est que les allures proposées par l’appli étaient trop rapides pour moi, ce qui ne m’a pas permis de bosser ma vraie allure marathon.
Ce détail a été très pénalisant le jour J, ou, à cause d’une panne sèche de ma montre Garmin qui deconnait allègrement, et du fait que je n’avais pas « assimilé » mon allure 42km, j’étais incapable de me situer.
Gestion de course et vrai travail d’allure vont être mes axes d’amélioration pour mon prochain défi !

Pour ceux qui auront la flemme de lire, j’ai terminé en 4h44 minutes, une minute plus rapide qu’il y a 5 ans.

PREPARATIFS

La veille de course je fais ma charge glucidique en compagnie de quelques copains d’Instagram, dans une ambiance fort sympathique, puis je me balade encore au salon du running qui a lieu juste à côté de chez moi, jusqu’à ce qu’il ne soit temps de rentrer préparer mes affaires, diner et me mettre au lit. La tenue est validée depuis un bon moment et ça ne me prendra pas beaucoup de temps de tout assembler et faire la traditionnelle photo « race pack »…
Le dossard, quant à lui, a été récupéré le vendredi soir, avec traitement VIP offert par Air France et la compagnie de Nadia.

Il va faire frais demain matin, je prévois donc une veste pour l’attente dans le SAS et des gants.
Je prépare aussi la boisson énergétique maison (recette ici) que je vais trimballer dans ma gourde (à la main, comme lors de mes premiers marathons) et pour les ravitos, en gros, je suis sponsorisée par Stimium. Heureusement, je rajoute au dernier moment une barre énergétique car j’ai eu faim vers la fin…
Tous mes ravitos rentrent dans les poches de mon débardeur de tri. N’ayant toujours pas trouvé de ceinture « à ma hanche », je préfère la jouer comme ça. Je repartis les produits en ordre alphabétique (boost, energy, focus) en partant de gauche, histoire de savoir où il faudra les chercher pendant la course !

20h30 je suis au lit, en compagnie de l’excellent livre de Cécile Bertin, « Cours toujours ». 21h15, je sombre jusqu’au réveil à 6h du lendemain. Excellent pour une nuit d’avant course !

JOUR J

Nous voilà donc, le jour J.
Au saut du lit, le rituel d’habillage commence. Tartinée de nok d’aisselles aux pieds, j’enfile mon leggin 3/4, mon soutif, chaussettes et débardeur. J’hésite, puis je chausse mes runnings aussi, parce que, il y a deux nuits, j’ai rêvé que j’allais les oublier le jour-J… ridicule, je sais !
Petit changement au programme habituel, ma pause toilette arrive même avant avoir mangé… (la pause caca avant une course est sacrée !)

Bon, bon, bon, on attaque le petit dej : pain de campagne, confiture et deux tranches de jambon blanc (heu, non par sur la même tartine quand même !)
Il n’est même pas 7h et je suis prête, fraiche comme un gardon. J’ai hâte d’y être !
Dans le métro, je croise pas mal de gens habillés comme moi, à quelques détails près…
Je me renferme dans ma bulle, aidée par bon bouquin, que j’ai pris avec moi : je lis  de Bobbi Gibb et son premier marathon de Boston, je lis l’histoire de Cécile et les guêpes pepsi, je ne suis plus dans la ligne 6 du métro parisien, je suis en Amazonie, puis en Egypte…
On arrive à Boissière, je sors et me contente de suivre une autre coureuse, qui a, comme moi, une étiquette sur son sac qui fait présager qu’elle se rend, comme moi, aux consignes.

Cette année, c’est décidé ! je ne laisse pas le stress dominer ma vessie, je m’impose un seul pipi de la peur avant de quitter les consignes et mon sac, direction le sas 4h.

QUOI ?!!!! non, je n’ai pas pour ambition de faire le marathon en 4h, rassurez-vous (quoique, un jour…). Je voulais juste partir le plus tôt possible (mais sans gêner les coureurs beaucoup plus rapides), pour aller chercher David à la Gare du Nord à 14h30… GROS LOL, quoi.

Je ne traine pas : juste une petite photo devant l’Arche de Triomphe, puis je m’aligne avec les autres coureurs et malheureusement beaucoup d’accompagnants absolument non-nécessaires, à l’entrée du SAS. D’ailleurs, je vais me permettre de pousser un coup de gueule : ton frère, pote, sœur, nièce font le marathon de Paris et tu veux les encourager, il n’y a aucun souci : ils ont de la chance de t’avoir ! MAIS, gaffe quand même, ne te laisse pas porter par l’excitation ! Ce jour-là, d’autres personnes courent la même distance et font patiemment la queue pour rentrer dans leur SAS : tu n’as pas le droit de les pousser et jouer des coudes pour aller faire coucou à ton coureur !!!
Fin de la gueulante 😉

DEPART

On rentre enfin et sa pousse, mais je me faufile. On n’est pas loin du départ. Je trouve un WC libre et je cède aux nerfs…allez un dernier pour la route…
Pour une fois sans écouteurs, je profite de l’ambiance de folie, agrémentée par les Chariots de feu de Vangelis ..WOUAH, on se croirait à l’UTMB, je me marre intérieurement, puis finalement ca m’émois… C’est mon 5eme départ de marathon, mais ça fait toujours le même effet : la chance que j’ai de pouvoir vivre tout ça !
Je trépigne, refais mes lacets (poke @Quadrarunneur) au moins 5 fois. Je prépare mon podcast (@danslateteduncoureur). Je lance Strava et la recherche des satellites sur la Garmin.
Puis, d’un coup, avec grande sérénité, on est partis.

DOUCEMENT

J’ai élaboré, les jours avant la course, une stratégie pour essayer d’améliorer ma performance sur le deuxième semi : je vais courir les premier 4 blocs de 5km en 32 à 33 minutes. Puis a partir du 20eme je vais essayer de me relâcher et voir si je peux accélérer, sinon je me tiendrais au même timing.
Je pars donc très à l’aise.
Sur la place de la Concorde j’aperçois Joub et je me précipite lui faire signe. Personne n’est là pour moi sur ce marathon : ce sera le seul visage connu pendant 42km 😊


Au km 3, je reçois un appel : David veut savoir si tout va bien. Ça va, on longe l’Opera et je trouve ce changement de parcours très réussi, car il casse la monotonie de la rue de Rivoli, que j’ai toujours trouvée un peu longue.
On raccroche, je regarde ma montre : 6’10’’ …. Je vais trop vite, faut se calmer.
Quelques secondes plus tard, la montre affiche 4’34’’, une allure que je peux tenir limite sur une fraction de 200 mètres et pas en aisance respiratoire comme je suis là. Quelque chose ne va pas.
Puis la montre vibre le 4 -ème km alors que la balise n’est même pas encore en vue…elle doit avoir 400 mètres d’avance, facile !
Je suis agacée. Je regarde de temps en temps et je vois du 7’55’’, puis 5’03’’…c’est quoi ce bordel, sérieux ?!?!?! Quand on met autant d’argent dans une montre GPS, ce n’est pas pour qu’elle deconne le jour le plus important !

GAIEMENT

Si intérieurement je peste contre ma montre, je suis résolue à ne pas me gâcher ce moment et profiter de l’ambiance. Je coupe par moment mes écouteurs, pour absorber les encouragements de la foule, des pompiers du haut de leur échelle (grosse pensée pour les sapeurs-pompiers de Paris qui sont, au moment ou j’écris ce compte rendu, en train de dompter le feu de Notre Dame) ; je regarde autour de moi les autres coureurs tous aguerris, quelques-uns déguisés, d’autres concentrés …c’est magique ! Je pense que ce marathon, mon 5 -ème, c’est le premier que je vis avec ce sentiment de fête, de partage …moi qui suis d’habitude plutôt ronchon et sévère vis-à-vis du public, je leur pardonne d’être au milieu de la chaussée, de nous cacher la précieuse ligne verte, de réduire notre espace de course de plusieurs mètres sur certaines portions de la course.
Pour la première fois, je me fais porter par la foule et c’est incroyable ! En 2015, de retour du Marathon de NYC, j’avais trouvé ça « too much » les spectateurs endiablés et les animations omniprésentes ; j’estimais que ça m’avait empêché de me concentrer…Dimanche dernier, j’ai vécu un moment unique et richissime grâce à cette foule, merci ! Comme quoi, on change 😊

AU FEELING

Revenons aux choses sérieuses ! Le bois de Vincennes approche et il m’est toujours impossible de savoir à quelle allure je cours : un coup je boucle le km en 5’30’’, puis celui d’après en 6’30’’. C’est bon, j’ai eu ma dose, je mets la montre sur l’écran avec l’horloge et à partir de là, c’est au feeling.
Il y a moins de monde dans le Bois. Mon podcast suffit pour m’occuper la tête pendant que les jambes font leur job et pour une fois je ne subis pas ce morceau du parcours que je trouve toujours très long (je fais quand même la décompte dans ma tête : 8km restants dans le bois, 7 km restants dans le bois etc etc..).
Mon TFL récemment déclaré commence à se réveiller, m’obligeant à modifier ma foulée. C’est pénible et je songe à prendre un doliprane (que j’avalerai effectivement quelques km plus tard).
A la sortie de Vincennes, la foule est à nouveau là, la forme aussi pour moi, du fait surement que la route descend légèrement. Entre le 20 et 24 -ème km, je passe un super moment : je tape dans la main des gosses, je chante, maintenant que le podcast est fini et a été remplacée par ma playlist, je kiffe !
Puis un abruti déballe en mode fusée et me rentre dedans faisant tomber mon brassard magnétique plusieurs mètres derrière moi. Je le traite de connard et je repars agacée ! il a dû rater le départ des élites, le mec, qui se prend pour Kipchoge dans le SAS 4h ! Bref, je suis vénère..

ENCEPHALOGRAMME PLAT

La descente sur les quais se passe comme dans un rêve ou je suis en train de courir mon meilleur marathon.
Ce n’est que vers le 27 -ème km que l’affaire se complique et la lassitude – plus mentale que physique – me tombe dessus comme du brouillard. Le tunnel des Tuileries arrive et en y pénétrant j’avance en pilote automatique, à la limite de l’hallucination tellement je me sens déconnectée de ce que je suis en train de faire.  Je perds contact avec la réalité pendant plusieurs km. Je sais que j’ai ralenti, mais ce n’est pas si important. C’est ça le MUR ? Je ne sais pas : mon cerveau était tétanisé, mais pas mes jambes.. Je n’avais plus assez de volonté pour souffrir.
Arrivée au 31 km, c’est l’animation de Steve Kondo qui me sort du coltard. Le gars a une de ces pêches : il sautille, il crie, il tape dans la main ; ça donne la bonne humeur, on oublie presque qu’on en chie depuis plusieurs heures !
En parlant d’heures, je n’ai aucune notion de mon temps ou de mon allure et quelque part, je m’en fiche. C’est clair que ma panne de mental a joué sur mon allure, mais je ne sais pas de combien, ni si j’avais de la marge avant. Ce qui est clair aussi, est que ce ne sera pas un marathon en négativ split, vu ma dégaine…

MINDGAMES

J’avance, comme ma playlist. J’essaye de jouer à plusieurs jeux de marathonien : allez encore 3 chansons puis tu marches un peu, allez une quatrième ; allez il manque 1km et tu seras à 34 Km, ce n’est pas loin de 35 … etc etc. Malheureusement mon cerveau connait tous les trucs et ne s’y prête plus. A 33 km il sait très bien qu’on est à 9km de l’arrivée, pas seulement à 2km du 35 -ème.

Dans la montée du 34 -ème je marche en mode traileuse. Je crois que je dois présenter un spectacle hilarant avec mes mains sur les cuisses comme si j’étais en train de gravir le Mont Blanc. Je marche assez vite aussi pour dépasser des gens ! je m’énerve contre ceux qui s’arrêtent sur la LIGNE VERTE, que je convoite, comme Gollum avec son anneau.
On rentre dans le bois et enfin ça descend, c’est motivant tout ça ! Allez 10 chansons sans marcher QUOI ????! ok, 9…

ALIENATION

Lorsque je suis en train de négocier avec moi-même de telle sorte, une énorme crampe m’attrape le mollet droit en me tordant toute pied et cheville au passage. Je manque de tomber, tellement c’est violent.
Ça ne sent pas très bon, on est encore assez loin de l’arrivée et, si je suis prête à rouler sur quelques centaines de mètres pour boucler cette course, 5km en roulant ça fait BEAUCOUP.
J’adapte ma foulée en essayant une attaque talon qui étire bien mon mollet et ça semble marcher, je sens que la crampe est proche mais j’arrive à l’éviter – la plupart du temps.
« J’imagine que vous savez que votre mollet est en train de jouer à Alien ? » me fait remarquer un monsieur en se mettant à mon niveau. Apparemment on voit la contraction quand la crampe arrive, heureusement pour moi, je ne vois rien. Malheureusement pour moi en revanche, la jambe droite s’y met aussi : crampe aux pieds, puis aux mollets… je boite, puis sautille, puis marche mais c’est pire : dès que je marche mes mollets se contractent encore plus violemment.
Je tiens à signaler que mon hydratation pendant la course et les jours précédents a été impeccable et que j’ai pris un comprimé de Sportenine toutes les heures. Je ne sais absolument pas pourquoi ces foutues crampes sont apparues.

FINISH

La grosse boucle pour passer devant la Fondation Luis Vuitton m’agace au plus haut point. J’ai une seule envie : couper et reprendre au km 40… Hélas, ce serait de la triche donc je suis le peloton de coureurs affaiblis, boitants, déterminés. Je n’ai plus d’eau puisque j’ai raté le dernier ravitaillement et je guette autour de moi pour voir si quelqu’un aurait une bouteille de plus à me filer, mais ça me gêne de demander et puis on est à 3km de la fin, je vais supporter. Ce n’est pas bon de supporter la soif, surtout quand on a des crampes et je finis par demander à un monsieur si je peux lui prendre une gorgée : le gars me file sa bouteille qu’il ne jetait pas juste pour ne pas polluer…

Km 41, faut que je marche. Ça crampe. Aye, c’est reparti. J’ai les crocs, j’attaque ma barre énergétique, surement trop tard qu’il ne l’aurait fallu.

Km 42, faut que je coure !!! ça y est, regarde, un panneau dit 500 mètres, tu y es !

Aucune émotion en passant l’arche, je suis trop concentrée sur mes mollets en agonie. Je crois que j’ai levé les bras en passant sous l’arche ; j’ai surement arrêté le gadget inutile que j’avais à mon poignet (je la trouve jolie sinon elle serait déjà dur le bon coin) et en sortant mon téléphone pour arrêter Strava (on n’oublie pas le Squad et les points !) je reçois un sms avec mon temps 4h44 19.
Je suis soulagée. Ce n’est pas ce que j’espérais, ce n’est pas un RP, mais c’est 1 minute mieux que mon temps en 2014 sur le même marathon : je retrouve mon point de départ, mon ground zero.
Le même niveau de forme que j’avais à l’époque, avec la maturité d’aujourd’hui : ça sent bon pour la suite !

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2 réflexions sur « Ground zero (MDP 2019) »

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